LE CHÂTEAU D'HIROSHIMA

Quand on parle de châteaux japonais, il y a les vrais passionnés (petite dédicace à Julien, de La Balade du Sakura)... et puis il y a les gens comme moi, qui apprécient leurs élégantes silhouettes, sans y attacher un intérêt dévorant.
C'est que le Japon féodal n'est pas une époque qui me parle beaucoup : j'en ai une image plutôt austère (tout comme pour le Moyen Age occidental d'ailleurs), tandis que les samurai et leur code d'honneur (bushido) m'inspirent plus d'effroi que de fascination. J'évoquais déjà ce sentiment dans mon article sur le musée Watanabe de Tottori.

façade du château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

Est-ce pour cela que j'ai peu parlé des châteaux sur ce blog jusqu'à présent ? Peut-être. Le premier que j'ai visité fut celui d'Osaka, et il m'a déçu (j'en parlerai dans un prochain article). Puis il y eut le château de Fukuyama, fermé lors de mon passage. Hiroshima, Iwakuni (Yamaguchi), Karatsu (Saga) et Kitsuki (Oita) complètent la liste. 
De tous ces châteaux, celui d'Hiroshima est peut-être mon préféré. C'est un choix purement esthétique je l'admets : j'aime la chaleur du bois qui l'habille, et qui lui donne l'air beaucoup plus ancien qu'il ne l'est en réalité... le château d'origine ayant été complètement détruit par l'explosion atomique de 1945. Il fait d'ailleurs partie des cent plus beaux châteaux du Japon.

Un îlot de verdure

Situé au nord du parc du Mémorial de la Paix, non loin du jardin Shukkei-en, le château d'Hiroshima (ou Hiroshima-jô) est une agréable oasis dans un quartier peuplé de hauts immeubles administratifs. C'est un peu la malédiction des monuments japonais que d'être souvent entourés de constructions en béton inesthétiques. Comme je suis arrivée du mauvais côté, je n'ai pas vu immédiatement le grand parc situé à l'ouest, qui apporte aux environs une touche de nature supplémentaire. Partout dans le quartier, on peut croiser des plaques d'égouts ornées de carpes

Japanese manhole, plaque d'égout à motif de carpe et momiji, Hiroshima-shi

Les châteaux japonais se situent souvent en hauteur, sur une colline ou une montagne permettant d'avoir une large visibilité en cas d'attaque ennemie. Le cas d'Hiroshima est assez atypique, la plaine offrant peu d'obstacles naturels à l'avancée d'une armée hostile. D'où la nécessité de creuser des douves rectangulaires, et de surélever la construction artificiellement.

Enceinte extérieure et douves, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi
Pont et porte d'entrée de l'enceinte extérieure, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi Détail architecture de l'enceinte extérieure, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi
L'enceinte extérieure du château.


Hiroshima-jô n'a jamais subi de siège, et on comprend rapidement pourquoi à la vue de ce double dispositif défensif. Les fortifications sont très élégantes, et même si la reconstruction de 1958 se limite à l'enceinte extérieure et à la tour principale (honmaru), on devine tout de suite la puissance militaire du site, qui accueillit le quartier général de l'armée impériale (大本営) en 1894-1895.

Le sanctuaire Gokoku-jinja

Une fois le pont traversé, on se retrouve rapidement à l'intérieur de l'enceinte, dans un vaste espace arboré. Le sentier menant au donjon croise un autre incontournable : le sanctuaire Gokoku-jinja, très populaire lors des célébrations liées au Nouvel An.
Il existe de très nombreux Gokoku-jinja au Japon : ces sanctuaires shinto, aussi appelés "sanctuaires pour la protection de la Nation", sont traditionnellement dédiés aux victimes des guerres contemporaines (de l'ère Meiji à la Seconde Guerre Mondiale). Évidemment, cet hommage prend une dimension toute particulière à Hiroshima.

On devine tout de suite la puissance militaire du site, qui accueillit le quartier général de l'armée impériale (大本営) en 1894-1895

Le tout premier sanctuaire Gokoku-jinja d'Hiroshima fut construit en 1868, dans le quartier Futabanosato (au nord-ouest de l'actuelle gare centrale). Il fut ensuite déplacé au sud-est de la gare en 1934. Le bâtiment ne survivra pas à l'explosion de la bombe atomique de 1945, et sera finalement reconstruit dans l'enceinte du château en 1965.

Lanternes au crépuscule, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi Vue d'ensemble sur Gokoku-jinja au crépuscule, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi
Rituel shinto et miko, sanctuaire Gokoku-jinja, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

Lors de mon passage, une miko (巫女, prêtresse shinto) procédait à un rituel dans le bâtiment central.

Statue de carpe, gokoku-jinja, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

Le sanctuaire abrite également la statue d'une énorme carpe, qui rappelle le surnom d'Hiroshima-jô, le "château de la carpe". Une appellation bien mystérieuse, qui serait liée aux caractéristiques architecturales du donjon : sa couleur noire et ses courbes évoqueraient les écailles d'un poisson. Toucher la statue géante porte bonheur. On peut aussi laisser une petite offrande dans l'urne située à côté.

Une reconstruction élégante

Un peu plus loin sur le sentier principal, on entrevoit enfin le donjon en lui-même, encadré par une végétation très dense. Le garde-fou de l'observatoire, qui culmine à plus de 30 mètres du sol, jure un peu avec la belle architecture de l'ensemble. La sécurité d'abord !

Donjon vu entre les arbres, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

Construit dans les années 1590, Hiroshima-jô était initialement fait de bois, comme la plupart des châteaux japonais... ce qui explique que ces derniers aient si mal résisté au passage du temps (contrairement à nos forteresses de pierres occidentales).
Petite parenthèse : la plupart des châteaux que vous visiterez au Japon sont des reconstructions contemporaines, généralement en béton armé. Il vaut mieux le savoir d'avance pour éviter d'être déçu, comme ça a été mon cas à Osaka en 2016. L'exception notable à cette règle est bien évidemment le château d'Himeji (Hyôgô), inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. C'est le plus grand château du Japon, et aussi le mieux conservé. J'ai beaucoup entendu parler du château de Matsumoto également, situé dans la préfecture de Nagano : si vous le connaissez, n'hésitez pas à m'en dire plus en commentaires !

Façade bardée de bois, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi
Fondations du donjon, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

Pour en revenir au château d'Hiroshima, il mesure en réalité 26,6 mètres répartis sur 5 niveaux. Mais comme l'ensemble est surélevé sur un "socle" de pierre mesurant 12,4 mètres de haut, on en arrive à une hauteur totale de 39 mètres. L'ensemble fut désigné Trésor National en 1931.
Le billet d'entrée coûte ¥370 et donne accès à un petit musée dédié à l'histoire locale, évoquant la fondation d'Hiroshima et son développement. Cartes, maquettes, reconstitutions et artefacts anciens ponctuent l'ascension vers l'observatoire, situé au 5e étage. Bonne surprise (assez rare dans ce genre de petits musées) : les panneaux sont également traduits en anglais !


Billet d'entrée, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

L'observatoire en lui-même offre une très belle vue sur la ville. Au crépuscule, les immeubles scintillent, et on aperçoit au loin les montagnes bleutées. 

Vue sur Hiroshima et le parc du château d'Hiroshima, Hiroshima-shi
Vue sur Hiroshima au crépuscule, château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

L'heure de la fermeture approchant, je ne me suis pas attardée très longtemps, d'autant que Noriko et moi avions rendez-vous avec Olivier (Japan Kudasai !) et Jud (Jud à Hiroshima) dans un izakaya assez éloigné du château. En quittant les lieux à la nuit tombée, je n'ai pas pu m'empêcher de me retourner pour admirer une dernière fois la beauté d'Hiroshima-jô, mis en lumière avec sobriété, sans artifices inutiles.

Mise en lumière du château d'Hiroshima, Hiroshima-shi

Mon verdict sur cette visite ? Positif, compte tenu de mon intérêt assez limité pour le patrimoine militaire japonais. J'ai cru comprendre qu'Hiroshima-jô n'était pas forcément très fréquenté par les touristes étrangers, et je ne peux pas m'empêcher de trouver ça dommage, même s'il y a effectivement d'autres sites plus attrayants dans les environs. Il y a au Japon des châteaux bien plus impressionnants à découvrir, c'est vrai, mais j'éprouve une certaine tendresse pour celui-ci : pendant plus de 350 ans, il a vaillamment résisté aux ravages du temps, et il aura fallu rien de moins que la bombe la plus meurtrière de l'Histoire pour le mettre à terre. Ça force le respect.

Ainsi s'achève ma série d'articles dédiée à la ville d'Hiroshima... mais je n'en ai pas pour autant fini avec cette préfecture ! Prochaine escale : la mythique île de Miyajima... またねー ❤︎

8 commentaires

  1. Wouhaaaa! Il est magnifique!! Déjà sur la liste mais je suis contente de le redécouvrir avec toi... tes photos sont vraiment extra!
    Hâte de lire la suite!

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    1. Merci !!! Oui, c'est un château que j'aime beaucoup, quand je pense qu'il aurait pu être l'un des derniers donjons d'origine s'il n'avait pas été détruit pas la bombe... Tristesse.

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  2. Je ne peux que te conseiller celui de Matsumoto que j'ai visiter quelques jours avant notre rencontre à Hiroshima. Lui aussi d'époque et construit dans la plaine avec de belles douves, il était splendide avec son reflet dans l'eau et les montagnes orange en arrière-plan, avec les couleurs de l'automne ! Un petit article devrait lui être consacré prochainement ;-) !
    D'époque ou reconstruit en béton, un château japonais reconstruit reste super classe de loin (après je te rejoins sur la déception intérieur quand tu te retrouves face à un ascenseur, ça casse la visite hahaha !)

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    1. Tu as tout résumé XD Ces châteaux sont certes très beaux de loin, mais quelle déception une fois sur place ! Il me semblait bien avoir vu une publication sur Matsumoto dans l'une de tes timelines (Instagram ?). Il m'a aussi tapé dans l'oeil grâce à sa gotochi card je t'avoue.
      Je pense que j'essaierai de le programmer sur un prochain voyage, avec Himeji évidemment. Merci pour ton retour en tout cas !^^

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  3. Un grand merci pour ta citation dans le début de ton article. Attention, tu risques d'attraper le virus du Castle Hunter :)
    Le château d'Hiroshima est vraiment à visiter. Même s'il fait parti des châteaux reconstruit, son élégance et sa position dans la ville en fait un lieu incontournable à Hiroshima.
    Je me dois de donner une petite info complémentaire qui a son importance : les enceintes de pierre entourant le château sont d'origine et ont résisté à la puissance du feu nucléaire.
    Le château de Matsumoto est sans doute l'un des plus beaux et surtout il fait parti de la liste des 12 châteaux ayant encore un donjon en bois. J'espère que tu auras vite l'occasion de le visiter :)

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    1. De rien, j'ai tout de suite pensé à toi ;) Il y a peu de chances pour que j'attrape le virus, mais j'avoue que j'aime beaucoup croiser des châteaux lors de mes excursions, ils sont vraiment élégants (en tout cas la plupart du temps).
      Merci pour l'info, je ne savais pas du tout ! Je pense qu'à l'avenir, j'essaierai de me focaliser sur les 12 châteaux de bois pour éviter d'être trop frustrée lol

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  4. Félicitations pour ce bel article complet qui me fait revivre des souvenirs. Je garde ma préférence pour Matsumoto et Himeji, mais les châteaux reconstruits sont bien intéressants, sans parler des atouts des ascenseurs et de la climatisation. Je prévois quelques "originaux" pour mon prochain voyage, Okayama et Matsuyama notamment. Les connais-tu ?

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    1. Non malheureusement, ma connaissance des châteaux japonais se limite à ceux que j'ai visité et listé dans l'article : Osaka, Fukuyama, Hiroshima, Iwakuni, Karatsu et Kitsuki. Matsumoto et Himeji sont sur ma liste, et je pense me pencher également sur les dix autres donjons de bois. Mais je n'ai pas encore creusé la question, j'avoue^^

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