MANGA, KASURI ET MOCHI SHABU

C'est incurable, et mon voyage à Tottori l'a encore confirmé : en France comme au Japon, j'ai un faible pour la province !^^ Allez savoir pourquoi, j'ai toujours préféré le charme discret et la simplicité d'une petite ville sans prétention à tout cet étalage tape à l'oeil qui caractérise les grandes cités. Ce qui ne veut pas dire que je les déteste, je vous rassure : disons simplement que je ne m'y sens pas vraiment 'à ma place', même si j'adore m'y promener de temps en temps...

gotochi postcard kurayoshi

Quand je repense à Kurayoshi, et que je regarde mes photos prises là-bas, impossible pour moi de réprimer ce sentiment. Le quartier Utsubuki-Tamagawa, où je me suis promenée après la visite du Sanbutsu-ji, illustre à la perfection l'image de ce Japon 'hors du temps', empreint de nostalgie, que l'on retrouve souvent dans les films du studio Ghibli ou dans certains manga

tampons touristiques kurayoshi

Ce n'est d'ailleurs pas pour rien s'il a inspiré l'une des oeuvres majeures de Jirô Taniguchi, 遥かな町へ (Haruka-na machi e), plus connue chez nous sous le titre Quartier Lointain.

croisement de rues à Kurayoshi

Pour être franche, j'ai une connaissance très vague de ce manga (même si je connaissais déjà Jirô Taniguchi à travers la cultissime BD L'homme qui marche), mais le simple fait d'en avoir parcouru le décor me donne très envie de le lire ! Un plan de visite, distribué à l'Office de Tourisme, permet d'ailleurs de mêler réalité et fiction, le temps d'une promenade sur les traces du héros.

couverture manga Quartier Lointain rivière Tama et passerelles en pierre
plaque d'égout avec motif floral à Kurayoshi

Historiquement, Kurayoshi est une ville marchande (shôka-machi). La plupart des bâtiments visibles dans le quartier Utsubuki-Tamagawa ont été construits entre l'ère Edo et l'ère Meiji, du 17e au début du 20e siècle. Ce sont principalement des machiya (des maisons traditionnelles en bois, typiques des bourgs et centre-villes japonais) ou des entrepôts de marchandises. Les petites passerelles qui enjambent le cours d'eau (la rivière Tama) sont des accès de service. 
Les façades des entrepôts, ornées de crépis blanc et de lambris de revêtement en cèdre brûlé, sont particulièrement jolies, tout comme les toits de tuiles rouges, typiques des environs. En 1998, le quartier Utsubuki-Tamagawa a été classé 'Ensemble Architectural Traditionnel'. C'est désormais un secteur préservé... et ça se sent !
J'ai particulièrement aimé me promener dans les environs du temple Dairen-ji, dont la porte, ornée d'une grosse lanterne rouge, m'a curieusement rappelé le Hôzômon du Sensô-ji (toutes proportions gardées bien sûr !^^).

Vue sur la ruelle menant au Dairen-ji
entrée du temple Dairen-ji

Qui dit ville marchande dit production locale. À Kurayoshi, de nombreux artisans tiennent boutique dans les rues passantes : revendeurs de saké et produits frais, fabricants de cerfs-volants et jouets en tous genres... Mais si je ne devais citer qu'une seule boutique, ce serait l'atelier Furusato, spécialisé dans la fabrication et la vente de kasuri (絣), des pièces de tissu absolument sublimes.
Le kasuri est un procédé de teinture et de tissage, inspiré des ikats indonésiens, dans lequel le motif est créé en teignant le fil d'une belle couleur indigo. Des espaces blancs (c'est-à-dire non teints) sont volontairement laissés à intervalles très précis : le motif prend forme au moment du tissage, et c'est absolument impressionnant à voir !

artisan fabriquant un tissu kasuri sur son métier à tisser détail tissu kasuri avec motif papillon
fils indigos tendus sur un métier à tisser
Navette pour métier à tisser

Terminons la visite de Kurayoshi par une bonne adresse : la Machiya Seisuian et son décor très pittoresque, fait de tatami, zabuton et portes coulissantes... Vous savez comme j'adore ce genre d'ambiances !!
Petite remarque en passant : j'ignore s'il s'agissait d'une recommandation des organisateurs, ou d'une initiative spontanée de chaque restaurateur, mais quasiment tous les repas de ce blogtrip étaient hallucinants (pour ne pas dire gargantuesques)... et celui-ci ne fait bien sûr pas exception à la règle.

Notre table au restaurant
assiette de mochi shabu

Ce qui aurait pu être un simple shabu shabu (une fondue japonaise) était en fait un énorme mochi shabu, incluant plusieurs variétés de mochi plats et rectangulaires, aux goûts plus ou moins prononcés : carotte, shiitake, matcha, kabocha, sésame, myrtille, piment, maïs, crevette, yuzu, fougère... Contrairement aux légumes, à la viande et aux fruits de mer, les mochi ne doivent pas mijoter longuement, mais juste ramollir quelques secondes dans le nabe (la marmite), avant d'être dégustés gluants !
Le verdict : même si j'ai apprécié le côté ludique de ce repas, toutes les saveurs de mochi n'ont pas forcément convenu à mon palais. Je vous recommande néanmoins cette adresse, pour le cadre magnifique, le service impeccable, la qualité générale du déjeuner et le bénéfice de cette surprenante expérience culinaire ! またね!




logo JED

Cet article est sponsorisé par l'office de tourisme de Tottori.
Vous avez aimé cet article ? Encouragez-moi sur Tipeee !

10 commentaires

  1. Je suis toute à fait d'accord avec toi!
    J'avais déjà eu l'occasion d'entendre parler de tout ça dans une émission, c'était déjà sur ma liste ;p
    En tous cas tes photos sont toujours aussi magnifiques! Surtout la première :D ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Yoyo :) Tu as déjà vu une émission sur Tottori ? Ça m'épate, j'ai eu du mal à collecter certaines infos sur ce lieu à vrai dire (tout était en japonais, ou presque). Cela dot, c'était passionnant comme recherches hihi

      Supprimer
    2. Oui c'est une émission qui s'appelle "Japan on Motion" sur la chaîne "nolife" ;) je regardais tout les vendredi soir avant mais maintenant ils ont changer l'horaire et je ne sais pas à quelle heure c'est.... T_T

      Supprimer
  2. Et encore une victoire pour le gotochi card challenge ! Super article, tu as réussi à retranscrire parfaitement l'ambiance artisanale de la ville. Pour le mochi shabu shabu, ça restera un grand moment... mais j'ai réussi à faire fondre mes morceaux de mochi sans qu'ils coulent lamentablement au fond du nabe, honneur sauf ^^ !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, le mochi shabu est un plat assez particulier lol Tu t'en es bien sorti XD Cette photo est la première que j'ai prise de mon Gotochi Card Challenge "live". Elle n'est pas très bien cadrée, mais c'est mieux que rien...

      Supprimer
  3. Les photos sont incroyables! Meme si j'adore les grands villes, certain endroits ont une fascination très fort.... cette maison à coté de la rue c'est .... *__*

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hihi, tu es fan de la campagne japonaise Hachi ? Moi j'adore, c'est tellement tranquille... :) Merci pour ce gentil commentaire sur mes photos !

      Supprimer
  4. Vive la province en France comme ailleurs ;-) C'est très appréciable les balades dans ce genre de villes.
    Très jolis tissus ; quelles utilisations sont privilégiées (habillement, déco) ?
    Quelle expérience culinaire le mochi shabu, je ne t'envie pas sur ce coup là ; on dirait des tranches de fromage à raclette les mochis...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'atelier Furusato proposait à la vente du kasuri sous toutes les formes possibles : tenues traditionnelles, coussins, sacs, petits objets décoratifs, etc.
      Ahaha tu me fais rire avec le mochi shabu. C'est quand même nettement moins puissant en goût que la raclette XD

      Supprimer
  5. Oh Mon Dieu !! Tout cela donne tellement envie ! Je vais noter toutes ces adresses soigneusement. Merci de partager cette belle aventure.

    RépondreSupprimer