LE SANBUTSU-JI

Certains lieux dégagent un atmosphère unique, presque irréelle, et celui dont je m'apprête à vous parler est typiquement de ceux-là. Cap sur le Sanbutsu-ji, un temple bouddhiste situé sur les pentes du Mont Mitoku, toujours à Misasa. Ce nom ne vous dira probablement rien, pourtant l'endroit abrite un Trésor National du Japon, le Nageire-dō (投入堂).

statues sanbutsu-ji

La Randonnée des Sept Temples, à la découverte d'un Trésor National !

Haut de 900 m, le Mont Mitoku (aussi appelé Mont des Trois Vertus), est parsemé de temples bâtis le long d'une route appelée La Randonnée des Sept Temples.
Ne vous y trompez pas : il ne s'agit pas d'une agréable promenade en forêt ! Le sentier de montagne menant au Nageire-dō constitue l'une des routes ascétiques les plus escarpées du Japon ! Pour y accéder, une tenue adéquate est exigée : chaussures de randonnée à semelles non plates et souples (pour ne pas abîmer les racines des arbres qui croiseront votre route), pantalon, gants, sac à dos, et de quoi vous hydrater. La randonnée dure 45 minutes, et coûte 400 ¥. Elle peut s'avérer très dangereuse en hiver ou par temps de pluie.
Le timing étant serré, nous n'avons malheureusement pas pu effectuer l'ascension vers le Nageire-dô, mais nous avons quand-même pu le voir depuis la route menant au temple (merci à Japan Kudasai pour la photo : les miennes étaient inexploitables à cause des gouttes de pluie T_T).

Le Nageire dô vu depuis la route

À Tottori, le Nageire-dô est tellement incontournable qu'il a eu droit à sa propre Gotochi Card. Ce qui frappe en l'observant, c'est évidemment son incroyable architecture : le temple semble littéralement inséré dans la falaise !

gotochi postcard nageire do tottori

Pour l'anecdote, lors du séisme du 21 octobre 2016 (magnitude 6,2), tout le monde craignait pour le Nageire-dô, mais, à la surprise générale, ce dernier n'a pas bougé d'un pouce ! Les techniques employées pour bâtir une construction parasismique à cette altitude restent à ce jour un véritable mystère, et de nombreux points restent obscurs, notamment la date de fondation du temple : aucun document historique ne permet de l'attester avec certitude.
On sait qu'un temple existait sur le Mont Mitoku en l'an 706 : son fondateur, le moine pèlerin En no Gyôja, serait d'ailleurs à l'origine d'un courant religieux très important, le Shugendô. La légende raconte qu'une salle construite au pied de la montagne aurait été miraculeusement projetée contre la falaise, mais, étrangement, j'ai du mal à croire cette version...

Du Rinkô In au Sanbutsu-ji

Le Sanbutsu-ji est le temple principal de tout ce complexe religieux, situé en bas de la montagne. Depuis la route, on y accède par un 'escalier d'la mort' comme je les aime, bordé de petits temples, de jizô et de monuments de pierre.

visage d'un jizo du rinko in

En parlant de jizô, on peut en croiser de très jolis représentant les animaux du zodiaque chinois, parfaitement alignés dans la cour d'un petit temple, le Rinkô In, situé à mi-chemin. L'endroit est célèbre pour son jardin (que nous n'avons pas eu le temps de visiter non plus, grrrr). On peut aussi y goûter la fameuse shôjin ryôri, la cuisine végétarienne des moines.

chapelet bouddhiste à côté d'une statue de la déesse Kannon

À l'entrée du Rinkô In, un énorme chapelet bouddhiste (ou juzu) relié à une poulis peut être actionné en tirant dessus, pour attirer l'attention des divinités avant la prière.

escalier, statue et silhouette du temple Sanbutsu ji

fontaine de purification et louches

Le Sanbutsu-ji se trouve plus loin, après une nouvelle volée de marches. L'endroit est très joli, avec ses impressionnantes sculptures envahies par la mousse... Comme dans le jardin de la maison Ishitani, les yuki-tsuri étaient déjà installés en prévision de l'hiver.

vue sur l'allée principale du sanbustu ji et yuki tsuri au premier plan

omikuji dans les branches d'un arbre

Rencontre avec un Jushoku

Dès notre arrivée au Sanbutsu-ji, nous avons eu la chance d'être pris en charge par le Jushoku (le supérieur du temple), M. Yoneda Ryôchû, un homme très accessible, souriant et humble. Il nous a emmené à l'entrée du sentier des Sept Temples, au pied d'un cèdre sacré dont le shimenawa était complètement usé par le temps et les intempéries.

jushoku devant un grand cèdre moussu

À la fin de la visite, c'est lui qui a réalisé le goshuin que je vous dévoile ci-dessous. Un très précieux souvenir de voyage !

goshuin sanbutsu ji

le jushoku réalise un goshuin

Vous l'aurez sans doute compris, ce passage au Mont Mitoku a été une belle découverte pour moi. Sans y avoir tout fait, je pense que la visite du complexe religieux, incluant la Randonnée des Sept Temples, mérite sans aucun doute un détour par Tottori, surtout si vous couplez la visite avec une nuit dans l'un des ryokan de Misasa.
De mon côté, j'espère avoir l'occasion de voir le Nageire-dô d'un peu plus près un jour, et de goûter la shôjin ryôri, que je devine assez proche de celle du Koyasan. Cette visite m'a d'ailleurs rappelé celle de l'Okunoin : on ressent sur le Mont Mitoku la même ferveur spirituelle (un peu intimidante) que sur le Mont Koya.


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Cet article est sponsorisé par l'office de tourisme de Tottori.
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13 commentaires

  1. *_* Trop trop classe! Je le note sur mon le planning de mon prochain voyage! =D Merci pour ces découvertes!

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    1. Mais de rien 🙂 je suis contente de te donner de belles idées pour ton prochain voyage !

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  2. Bravo pour la recherche documentaire, tu as bien bossé, c'est un super article ! Je suis d'accord avec toi, l'ambiance est assez particulière, bien qu'un peu moins impressionnante au 1er abord (en comparaison avec Koyasan). La rencontre avec le Jushoku restera pour moi l'une des plus belles du séjour. C'était vraiment agréable d'être les seuls (avec juste 1 couple de Japonais), de pouvoir prendre le temps d'écouter les bruits de la forêt, et de prendre les mousses en photo. Rien à voir avec le monde qu'on peut parfois trouver à Koyasan. L'ascension dans la montagne avait vraiment l'air prometteuse, j'espère avoir aussi l'occasion de pouvoir atteindre le temple supérieur un jour, la vue doit être extra de tout là haut.

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    1. Merci pour le commentaire et la photo Olivier 🙂 Je pense que nous n'avons pas eu la même expérience du Koyasan : lors de mon passage, il n'y avait quasiment personne et cette étape fut très paisible pour moi. Au Sanbutsu ji, j'ai retrouvé un peu la même sensation que lors de ma visite de l'okunoin. Un sentiment de paix mêlé à une légère oppression. C'est difficile à expliquer.
      D'habitude je ressens plutôt ça dans les églises et les cathedrales. Sauf qu'au Japon, les cathedrales sont constituées d'arbres, de montagnes, de rochers et de mousse.

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  3. Ce temple fait partie de ma Top List des choses à voir si je retourne au Japon depuis maintenant 3 ans. Il est tellement important pour moi et dans mes priorités que je crois que j'aurai pété un câble si j'avais été dans votre situation et qu'on m'avait annoncé "Ben non en fait tu montes pas !" (°o°). Après c'est vrai que c'était pas la meilleure période pour faire l'ascension.

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    1. C'est le problème d'un blogtrip comme ça : on doit voir un maximum de choses en un minimum de temps, ce qui crée pas mal de frustrations au final.
      Je dois t'avouer que c'est maintenant, après l'écriture de cet article, que je réalise pleinement l'opportunité que nous avons manqué. J'espère vraiment pouvoir revenir un jour pour finir l'ascension !^^ Si tu y vas avant moi, tu me raconteras dis ? ^^

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  4. Joliment tranquille :) Si l'ambiance ressemble à celle du Koyasan, ça doit me plaire également. J'ai un faible pour les monastères, les temples et les montagnes. Je perçois bien ton insatisfaction. Mais l'heure c'est l'heure! J'ai déjà vu quelque part ce temple abrité dans le rocher. À l'occasion je chercherai. Merci CécI ✿ Bonne fin d'année.

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    1. Bonne année 2017 Okasan !
      Je ne sais pas si l'ambiance est réellement la même qu'au Koyasan, mais disons que l'on retrouve au mont Mitoku cette sensation particulière d'être comme 'écrasé' par la puissance de la nature. Je ne sais pas trop comment l'expliquer. J'ai ressenti ça en parcourant l'Okunoin : les tombes prises dans la végétation, la hauteur vertigineuse des arbres et ce sentiment de légère 'oppression'...
      C'est un peu ce que je ressens quand je visite une cathédrale en fait : la spiritualité du lieu semble réellement imprégnée dans les murs, sauf qu'ici, c'est toute la nature qui renvoie cette impression.

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  5. Wouha!!! Je suis impressionnée! Même si j'en avais pas déjà entendu parlé, la, ça m'a scotché! J'adore ce genre d'article, on apprend toujours plein de chose :)
    Mais... qu'est ce que c'est vraiment qu'un goshuin? En tous cas, c'est très joli!
    Merci Céci! Et bonne fête de fin d'année!

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    1. Une goshuin est une calligraphie que tu peux obtenir en échange d'une petite offrande dans un temple. J'en parle dans mon article sur Hakone-jinja ("Le temple dans la forêt de cèdres"). C'est toujours émouvant d'obtenir un nouveau goshuin, mais celui-ci m'est particulièrement précieux, car c'est le supérieur du temple lui-même qui l'a fait (ce qui est assez rare).
      Contente de t'avoir appris de nouvelles choses !^^

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  6. Je trouve que l'atmosphère particulière transparaît par tes photos.
    Je comprend ta comparaison avec le Mont Koya... Bel endroit à rajouter sur la liste "à voir" !

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    1. Merci Toon Céc !^^ C'est quand-même dommage de ne pas avoir pu suivre le sentier dans la montagne, je suis persuadée que la Randonnée des Sept Temples aurait confirmé mon impression. Une autre fois j'espère !

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    2. Tu rajoutes ce chemin sur ta liste aussi alors ;-)

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