あん - LES DÉLICES DE TOKYO

Je ne chronique pas souvent de films, mais aujourd'hui j'ai eu envie de faire une exception pour vous parler d'une jolie découverte : あん ('Les délices de Tokyo' en version française), un drame touchant sur fond de cuisine japonaise sorti il y a quelques jours.

les délices de tokyo affiche

PETITE REMISE EN CONTEXTE


Avant d'aller voir ce film, je n'en avais visionné que la bande annonce, sans lire la moindre critique détaillée ni le moindre synopsis. J'avais juste effleuré le sujet dans un magazine féminin qui évoquait principalement la cuisine japonaise comme thème principal de cette oeuvre de Naomi Kawase.
Je tiens à rétablir immédiatement la vérité sur ce point : pour moi, le thème de ce film n'est absolument pas la cuisine (même s'il en est question), mais plutôt l'exclusion et la marginalisation des individus au sein de la société japonaise. Ça fait une sacrée différence ! Le film parle également de transmission, à travers la rencontre de trois personnages issus de générations différentes : Tokue (une vieille dame), Sentaro (un homme adulte) et Wakana (une collégienne).

Wakana tokue et sentaro sous les cerisiers en fleur

Je remercie quand-même les journalistes pour leur vision assez réductrice, qui m'aura motivé à aller voir ce film, sans quoi je serais probablement passée à côté. Pourquoi ? Parce qu'en matière de cinéma, quand on me parle de drame social j'ai tendance à prendre la fuite !^^ Je vous avoue d'ailleurs avoir été totalement induite en erreur par mes propres références : le thème mis en avant étant la cuisine, j'avais en tête des productions comme 'Tanpopo' ou 'Osen', ce qui m'a amené à penser assez naturellement que あん était une comédie. 
Le film m'a donc complètement pris par surprise dans tous les sens possibles : je m'attendais à rire et finalement j'ai eu la larme à l'oeil, tout en découvrant une facette de l'histoire et de la culture japonaise qui m'était inconnue (je n'en dirai pas plus pour ne pas vous dévoiler les détails de l'intrigue, mais l'histoire du personnage de Tokue implique des faits méconnus du public occidental).
Dernière remarque avant de vous parler de l'histoire en elle-même : je trouve le titre français très mal choisi. À croire que les communicants se sont dit : "Oh la la, on n'accrochera jamais le public français avec le titre original, mettons plutôt un titre bien bateau qui regroupera la cuisine et le Japon. Allez hop, 'Les délices de Tokyo' c'est parfait". 
Le titre véritable, あん, fait référence à l'anko. C'est quasiment l'unique 'délice' dont il est question pendant les 1 h et 53 min de film ! On se rend rapidement compte que c'est cet anko qui fait le lien entre les personnages... à moins qu'il ne s'agisse d'un personnage à part entière ? Car Tokue passe son temps à s'adresser à ses haricots, s'interrogeant sur le parcours qui les a amené à atterrir dans la marmite...

C'EST L'HISTOIRE D'UNE BELLE RENCONTRE...


Sentaro gère une petite boutique de dorayaki fréquentée par quelques habitués, parmi lesquels la jeune Wakana. Un jour, son quotidien morose est troublé par l'apparition de Tokue, une vieille dame pleine de joie de vivre, dont la personnalité attachante et enfantine cache un lourd secret. Il l'engage pour qu'elle lui enseigne toutes les subtilités de l'anko.
Auprès d'elle, Sentaro reprend progressivement goût à la vie, tandis que la timide Wakana se confie. Une belle amitié va naître entre ces trois-là... jusqu'à ce que le passé de Tokue finisse par la rattraper. 

UN DRAME SENSIBLE... ET INTIMISTE


あん étant le premier film de Naomi Kawase que j'ai l'occasion de voir, difficile pour moi de le situer par rapport à l'ensemble de son oeuvre. Le rythme est lent, contemplatif (avec de superbes plans sur la lune ou les cerisiers en fleur), mais je ne me suis pas ennuyée un instant.

Tokue observant le feuillage d'un arbre

Je ne m'y connais pas spécialement en mise en scène, mais j'ai été frappée par la façon dont la caméra suit l'action, offrant un regard très intime, au plus près des personnages. Je pense que cette impression est renforcée par l'exiguïté du décor principal. Par moment, on a d'ailleurs l'impression de regarder à travers les yeux mélancoliques de Sentaro, ou à travers ceux de Tokue qui, du haut de ses 75 ans environ, semble s'émerveiller de tout ce qu'elle voit.
Le personnage de Wakana est aussi touchant à sa façon, particulièrement dans sa relation avec Tokue, teintée de respect, d'amitié et de tendresse. La jeune fille semble trouver chez la vieille femme la grand-mère qui lui manque, une personne à qui confier ses doutes d'adolescente... ce qu'elle ne parvient pas à faire avec sa mère. Wakana est le personnage auquel je me suis le plus identifiée, elle me ramène à mon histoire personnelle (ma relation avec ma propre grand-mère, aujourd'hui décédée).

POUR CONCLURE


Comme de nombreux films d'auteur, あん ne passera pas dans toutes les salles, mais je vous encourage vivement à faire le déplacement pour découvrir ce petit bijou du cinéma japonais. Si vous avez eu l'occasion de le voir, n'hésitez pas à partager vos impressions dans les commentaires, je suis très curieuse de lire vos avis ! 

17 commentaires

  1. petite info l'actrice qui joue tokue s'appelle kirin kiki et est la véritable grand mère dans la vie de kyara ushida qui interprète wakana dans le film. autre très beau film que je recommande souvent still water de naomi kawase toujours dont l'action se déroule dans les îles amami si cher a mon cœur a noter que naomie kawase vient de recevoir la médaille des arts et des lettres des mains de l'ambassadeur de France.

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    1. Merci pour toutes ces précisions Jean-Louis, j'ignorais que ces deux actrices étaient liées dans la vraie vie, ce qui renforce sans aucun doute l'alchimie entre les personnages. J'ai découvert Naomie Kawase avec ce film, je pense que j'approfondirai sa filmographie dès que possible, on m'en a dit beaucoup de bien :)

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  2. Tu m'as convaincu, il faut que j'aille le voir ^o^

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    1. Je suis allé le voir aujourd'hui, enfin hier vu l'heure ^^" Et j'ai été totalement conquis, j'ai vraiment apprécié ce film, la musique, les plans, les personnages attachants, l'histoire etc Ce fut un vrai régal ^o^

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    2. Aaaah contente que le film t'ai plu ! C'est une belle histoire en effet, très touchante.

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  3. Il a l'air vraiment bien mais les films sur le Japon, ça me rend nostalgique... snif

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    1. Hihi j'imagine que je ressentirai la même chose à mon retour.

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  4. Comme Jean-Louis, je te recommande chaudement Still the water, de Kawase. An est dans la même ligne que celui-ci.
    Je l'ai vu en Novembre dans l'avion, ce film, j'ai pleurniché comme une enfant mais qu'est-ce que je l'ai aimé. Je crois que le "drame social" surtout dans le cinéma japonais est ce que je préfère. ;)

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    1. Je regarderai alors :) Moi ce n'est pas mon style de cinéma par nature, mais peut-être que le Japon pourra me réconcilier avec ce genre. J'ai eu la larme à l'oeil aussi en regardant An...

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  5. Il a l'air super ce film! J'irai le voir avec grand plaisir (encore faut-il qu'il passe du côté de chez moi^^'')! Je ne mis connais pas trop encore en film japonais mais celui là m'inspire beaucoup en tout cas :D
    Merci Céci pour cette super découverte!

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    1. De rien petite Yoyo, as-tu pu le voir finalement ?

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  6. J'avais vu l'affiche dans le programme "essai" d'un cinéma proche de chez moi. Je n'ai pas eu le temps d'aller le voir malgré l'envie et ton article renforce cette envie !
    Le rythme lent est, je trouve, très significatif des réalisations japonaises (drama et films). L'intrigue se met souvent lentement en place et je suis souvent déçue par la fin. J'espère que la fin de ce film n'est pas décevante ;-)

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    1. Je crois que la réussite d'une fin est un point de vue totalement subjectif. Il y a des films dont la fin importe peu, je pense que An est de ceux là. Alors que l'intérêt de certains autres films ne repose que là-dessus : sur une grande révélation, une scène incroyable, un climax à couper le souffle.
      Pour les drama, j'ai remarqué aussi que la fin était très souvent décevante. C'est le cas pour Osen, mais j'ai adoré quand même parce que je suis entrée dans le rythme de l'histoire et que les personnages étaient attachants. La fin n'avait plus d'importance.
      Pour Hana Yori Dango, c'est l'inverse : je priais pour que la fin arrive viiite tellement ça tournait en rond, avec le sentiment que l'histoire avait été étirée au maximum.
      Voilà voilà^^

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  7. Ohayo ! Osashiburi desu yo !
    Je vois que tu te portes bien, tes articles sont toujours aussi géniaux !
    Ça faisait longtemps que je désirais voir ce film et très prochainement, ce sera chose faite ! Tu m'as motivé ;3
    Le seul film japonais que j'ai vu est "Shokuzaï" alors on peut dire que je suis un public tout neuf. Pour ceux qui habitent, à Lyon, vous pouvez le voir au cinéma le Comoedia, dans le 7ème.
    Bonne journée à tous et merci à Céci-san pour cet article génial !

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    1. J'ai v u le film et il est vraiment bien ! Merci pour cette incitation qui m'a fait découvrir beaucoup de choses sur le Japon !

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    2. Hihi contente d'avoir pu te décider à voir ce film, et qu'il t'ait plu :)

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  8. J'ai adoré ce film :-) J'ai été un peu moins emballée que lorsque j'ai vu "Notre petite sœur" qui est aussi plutôt contemplatif mais surement parce-que le sujet des délices de Tokyo est plus "grave".
    En tout cas, comme tu le dis si bien, c'est magnifiquement filmé... et les acteurs sont tellement prenants !
    Et pour l'histoire, je n'avais jamais vraiment entendu parler du sujet "principal" (pas la cuisine mais ce que tu ne dévoiles pas), c'est vraiment touchant de voir ça et ça fait froid dans le dos.
    En tout cas, je sortie en ayant faim alors qu'à la base je n'aime pas l'anko, et là je voulais vraiment manger des Dorayaki ! ^_^

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